Face à la diversité des contextes, l’évaluation suppose de s’outiller mais aussi d’adapter la démarche. Voici un cadre de référence éprouvé dans plusieurs collectivités françaises et européennes.
1. Cartographier les acteurs et les processus
- Identification des instances (comité numérique, référents, responsables SI, élus délégués numériques).
- Recensement des processus décisionnels : comment sont définies les priorités, qui arbitre, quels sont les relais de terrain.
- Repérage des points de friction et des marges d’autonomie entre directions, établissements publics, délégataires privés ou tiers-lieux.
Exemple : la Métropole Européenne de Lille a mis en place un observatoire partagé de la gouvernance numérique, impliquant à la fois les directions internes et des partenaires externes proches de l’économie sociale et solidaire (source : Mission Société Numérique).
2. Définir et suivre des indicateurs clés
- Taux d’utilisation des services numériques par la population : combien de démarches en ligne par rapport au total ?
- Niveau de satisfaction des usagers et agents (baromètres annuels, outils de feedback).
- Volume et diversité des partenariats territoriaux (nombres de start-up, d’associations locales impliquées).
- Agilité du dispositif : délais moyens pour intégrer une nouvelle solution ou changer de prestataire.
- Part de budget allouée à l’innovation et à la formation continue des agents.
Astuce méthodologique : croiser les indicateurs quantitatifs (statistiques d’usage, taux d’équipement, mutualisation budgétaire) avec des indicateurs qualitatifs (perception, retours d’expérience, capacités de résilience). Les observatoires territoriaux peuvent par exemple utiliser les référentiels de la DINUM (Direction interministérielle du numérique) ou des labels comme Territoire Numérique Libre.
3. Organiser une revue croisée des pratiques
Au-delà des résultats bruts, l’efficacité de la gouvernance se mesure aussi par la capacité à apprendre collectivement. Mener une revue annuelle – impliquant aussi bien les élus que des représentants d’usagers, des agents et des partenaires socio-économiques – permet d’identifier :
- Les blocages structurels persistants (ex : cloisonnement entre service numérique et collectivités environnantes).
- Des usages émergents insuffisamment pris en compte (ex : participation numérique citoyenne, open data, ou inclusion des publics fragiles).
- Les opportunités de mutualisation (via syndicats mixtes, agences de développement, etc.).
L’expérience du Grand Narbonne, qui organise chaque année des ateliers de retour d’expérience croisée sur des thématiques numériques (mobilités, open data, inclusion), a permis de renforcer la transversalité et d’augmenter de 35% la participation des agents dans les dispositifs d’innovation (source : Les Interconnectés).
4. Intégrer l’évaluation dans une dynamique d’amélioration continue
La gouvernance numérique est vivante : elle doit pouvoir changer. Il s’agit :
- De fixer des objectifs ajustables et réalistes : couverture des besoins réels, montée en compétences, adaptation aux nouvelles réglementations (ex : RGPD, directive Open Data, cloud souverain).
- D’instaurer un cycle régulier de suivi : reporting trimestriel, séminaire annuel, hackathons, etc.
- D’anticiper des audits externes sur sécurité, interopérabilité ou accessibilité (ex : audits ANSSI, certification RGAA accessibilité… Le RGAA étant encore peu respecté : 12% des collectivités françaises étaient en conformité fin 2023, selon la DINUM).