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Cédric O sa vision du numérique pour les Territoires de France.

Secrétaire d'Etat en charge du numérique, il a accepté de répondre à nos questions.

Pour notre parution des mois de Juillet-Aout-Septembre 2019 nous avons interviewés les associations d'élu(e)s. Nous vous partagerons aujourd'hui notre entretien avec l'homme numérique du Gouvernement.


Nous en profitons également pour le remercier du temps accordé et de ses réponses.

Retrouvez l'ensemble des interviews, sondages, tribunes et 100 idées pour numériser sa commune dans notre magazine : vous pouvez le commander en cliquant ici.


"Je suis résolument optimiste"
Cédric O - Secrétaire d'Etat en charge du Numérique


Monsieur O vous êtes au gouvernement depuis 3 mois. Quelle est selon vous la situation du numérique en France dans nos collectivités ? 


La situation actuelle est paradoxale. Le numérique est tout à la fois un marqueur de l’extraordinaire redynamisation de certains territoires, mais pour d’autres, il est le syndrome de leur abandon.


Le numérique apporte avec lui de nombreuses nouvelles opportunités. Il facilite les échanges, il rapproche, il permet de partager, de découvrir, de se former, d’entreprendre, d’accéder à ses droits… Là où l’internet très haut débit a été déployé, là où les citoyens ont la chance d’être accompagnés dans la découverte et l’appropriation des nouveaux usages, quand les élus et administrations locales savent s’appuyer sur les nouveaux services numériques, des territoires ont été formidablement redynamisés, ont vu des entreprises se développer, de nouveaux habitants arriver, un tissu associatif et social s’épanouir.


A l’inverse, là où le haut débit n’est pas encore arrivé, où la connexion mobile est constamment défaillante, quand les personnes qui ne maîtrisent pas le numérique ne sont pas accompagnées, le numérique est souvent la cause, le responsable de l’isolement, du sentiment d’abandon de certains territoires et d’une partie de nos concitoyens.

Le numérique est le plus puissant outil d’aménagement du territoire. Ceux qui en sont dépourvus sont fatalement handicapés, entravés dans leur capacité à organiser leur développement.


On ne peut pas se satisfaire de la situation existante. Les différentes formes de cyber-exclusion de certains territoires et d’une partie nos concitoyens constituent une menace pour notre cohésion nationale.


L’impossibilité de pouvoir accéder à cette nouvelle ère portée par le numérique dresse fatalement des barrières qui isolent et excluent une partie de la nation.

C’est inacceptable.


Pourtant je suis résolument optimiste. D’abord parce que je sais que la diffusion du numérique dans tous les territoires constitue une priorité absolue du Président de la République et du Gouvernement. Cela se traduit par des choix politiques et budgétaires forts. Par exemple, nous mobilisons plus de 3 milliards d’euros du budget de l’Etat pour le déploiement du très haut débit dans les zones rurales et avons consacré presque autant pour l’amélioration de la couverture mobile dans les prochaines années dans le cadre d’un accord avec les opérateurs (New Deal) qui a déjà permis de sensiblement améliorer la couverture 4G des territoires. Je sais que ca ne se voit pas encore partout. Mais les baguettes magiques n’existent pas. Déployer un réseau, ca prend nécessairement du temps, toujours trop quand on attend, mais les investissements sont bel et bien engagés et les déploiements s’accélèrent depuis quelques mois.


Mais j’ai été surtout été conforté dans mon optimisme à l’occasion de mes déplacements sur le terrain, comme par exemple à Guéret ou Signy-l’Abbaye dans les Ardennes. J’avais sous-estimé ces formidables élans locaux dans lesquels les élus, les citoyens, les entreprises, les associations se retrouvent, se retroussent les manches pour apporter, diffuser le numérique partout et à tous. Ces multiples initiatives locales sont une chance extraordinaire pour réussir notre défi d’aménagement numérique de nos territoires.


Pouvez-vous nous préciser les actions que vous souhaitez impulser ou mettre en œuvre pour rendre le numérique plus inclusif dans les territoires de France ?


Quand j’ai été nommé Secrétaire d’Etat chargé du Numérique, j’ai fait de l’inclusion du numérique dans les territoires l’un de mes chantiers prioritaires. Le numérique inclusif ne doit pas se résumer à de beaux discours. C’est une nécessité. C’est la nécessité de ne laisser personne sur le bord du chemin de la nouvelle ère numérique quelle que soit sa situation, son parcours, son handicap.


Une nécessité républicaine tout d’abord. Si dans d’autre pays, on peut envisager d’avoir de belles vallées hyper connectées profitant à plein de la révolution numérique et laisser à côté des pans entiers de la société à l’écart, ce modèle est tout à fait incompatible avec les valeurs de notre République. Là encore, il en va de notre cohésion nationale et de notre cohésion territoriale. Par exemple, à l’heure où de plus en plus de démarches administratives se font en ligne, ne pas avoir accès au numérique ou ne pas savoir s’en servir signifie bien souvent ne pas avoir accès à ses droits. Cette rupture d’égalité n’est pas envisageable dans notre République.


Une nécessité opérationnelle ensuite. Un modèle de développement économique durable dans la nouvelle ère numérique suppose une acculturation massive de tous les français qui sont tantôt et à la fois des salariés, des consommateurs, des usagers. La réussite de la révolution numérique de notre pays suppose que tous nos concitoyens s’approprient les nouveaux usages et services du numérique. Comment peut-on imaginer de réussir la transformation numérique d’une entreprise si tous ses salariés ne sont pas à l’aise nouveaux outils numériques ? Comment peut-on envisager d’améliorer les services de santé en ayant recours à des nouveaux outils numériques si les patients ne les comprennent pas et les craignent ? Comment généraliser l’accès en ligne des services publics si certains citoyens ne savent pas y accéder ? Chaque citoyen doit pouvoir apprivoiser le numérique, à son rythme.


Selon notre dernière enquête « Les Français sont-ils numériques ? », 7/10 Français déclarent manquer de compétences pour affronter le tout numérique. Que leur dire pour les rassurer ?

Tout d’abord nous sommes bien conscients des difficultés rencontrées au quotidien par un nombre important de nos concitoyens et de la méfiance que le peut numérique soulève, soit par un manque de connaissances techniques, ce qu’on appelle l’illectronisme, soit par la crainte d’une deshumanisation des services publics qui se numérisent. Ce sentiment ne fait qu’augmenter dès qu’on est confronté à une progressive dématérialisation des démarches administratives.


Notre objectif est de rendre les services publics non seulement plus rapides et efficaces, mais surtout simples et humains. Simples, pour être accessibles à tout niveau de formation et compétences. Humains, pour garantir que la transformation de l’état ne soit pas perçue comme une « marche forcée » qui abandonne les plus faibles à leur destin. On veut évoluer, mais ensemble.

Pour atteindre cet objectif, le Gouvernement est en train de structurer, mailler, animer et soutenir un ensemble de lieux qui, dans tous les territoires, apportent un accompagnement de proximité aux nouveaux services et aux nouveaux usages. Ces lieux hétérogènes sont aujourd’hui portés par des collectivités territoriales, des initiatives locales, des associations.

Nous travaillons à soutenir, notamment sur le plan financier (avec le Pass Numérique), ce réseau déjà très riche dans le cadre du projet de « Comptoirs du Numérique » que j’aurais le plaisir de vous présenter à la rentrée.


Avez vous des dates et des annonces concernant le déploiement du THD en France ?


Le Plan France Très Haut Débit est avant tout un vaste programme d’aménagement du territoire visant à déployer sur l’ensemble du territoire un nouveau réseau à très haut débit en remplaçant progressivement l’ancien réseau téléphonique par lequel passe encore souvent l’Internet ADSL. C’est la raison pour laquelle il est aujourd’hui piloté par Jacqueline GOURAULT et Julien DENORMANDIE au Ministère de la cohésion des territoires. L’Etat a mobilisé plus de 3 milliards d’euros pour soutenir les projets de déploiement de nouveaux réseaux en fibre optique dans les territoires ruraux portés par les collectivités territoriales. L’avantage de la fibre optique, c’est qu’elle est permet de livrer un Internet à très haut débit que l’on soit à quelques mètres ou plusieurs kilomètres du central (souvent dans les bourgs ou les villes).


De manière schématique, que l’on soit à la campagne ou à Paris avoir la fibre permet d’accéder exactement au même débit Internet et donc aux mêmes services.

Le déploiement de ces nouveaux réseaux prend nécessairement beaucoup de temps : il faut faire des études, des travaux de tranchée, de déploiement, intervenir sur des poteaux, raccorder chaque maison. Il a fallu mettre en place une véritable organisation industrielle.


Aujourd’hui, nous avons poussés les feux au maximum. Avec le soutien des collectivités locales et de l’Etat, les opérateurs raccordent près de 4 millions de foyers en fibre optique en une année, mobilisant plus de 35.000 emplois. Plus de 15 millions de foyers sont déjà raccordés. Nous pourrons fibrer tout le pays en à peine plus de 10 ans (il aura fallu 80 ans pour le réseau électrique ou téléphonique).


Les choses vont se faire rapidement mais progressivement. D’ici fin 2020, tous les foyers et entreprises auront accès au moins à une bonne connexion Internet (>8Mb/s). D’ici fin 2022, tous les foyers auront accès au très haut débit (soit plus de 30Mb/s, c’est-à-dire une très bonne connexion Internet), le plus souvent grâce au nouveau réseau de fibre optique (pour près de 85% des foyers) ou par le réseau ADSL amélioré ou de nouvelles solutions satellitaires (à venir à partir de 2020) ainsi que des solutions radio.


Je comprends la légitime impatience voire la colère de ceux qui attendent l’arrivée du nouveau réseau de fibre optique avec parfois un réseau téléphonique et ADSL de qualité variable. Nous avons demandé aux opérateurs améliorer rapidement leurs réseaux mobiles en attendant la fibre. Ainsi, dans le cadre d’un accord avec les opérateurs nous avons obtenu l’accélération de la couverture en 4G du territoire et l’installation progressive de nouveaux pylônes pour résoudre au cas par cas, en lien avec les élus locaux, les cas de zones blanches. Là encore, l’Etat y consacre près de 3 milliards d’euros dans le cadre d’un grand plan (New Deal).


Le RGPD vient de fêter ses 1 ans d'existence en mai dernier et pourtant certaines collectivités n'ont pas encore décidé de s'y atteler (investissement financier, investissement humain, non connaissance du sujet...). Quelles actions pouvez-vous mettre en place, quelles aides pouvez-vous leur apporter pour accélérer leur démarche ?


J’ai parfaitement conscience que la mise en œuvre du RGPD constitue un défi et une charge importante pour les plus petites collectivités territoriales. En se regroupant ou en mutualisant leurs moyens, la plupart ont néanmoins réussi à se mettre en conformité.


La CNIL a fait un remarquable travail de prévention, sensibilisation et support des administrations qui souhaitent se conformer aux nouvelles dispositions. J’invite les collectivités qui se posent des questions ou qui n’ont pas encore entrepris leurs démarches à se rapprocher de la CNIL après avoir consulté leur site web qui fournit déjà beaucoup d’information.


Au-delà, nous devons réfléchir à mieux accompagner les collectivités pour les aider à faire face à ce nouveau cadre. Dans les prochaines semaines, je vais rencontrer différentes associations de collectivités territoriales pour faire le point sur l’ensemble des sujets numériques et je ne doute pas que le sujet sera évoqué. Nous réfléchirons ensemble pour envisager des dispositifs d’accompagnement nécessaires.


Quels serait vos conseils pour aider une collectivité dans une démarche de smart city ? Et selon vous, quel serait le point de départ d’une telle démarche ?


Il ne faut pas que se focaliser sur les villes intelligentes, je préfère l’expression de « territoires intelligents ». En effet, les solutions de connectivité intelligente pourront apporter de vraies améliorations dans la gestion publique locale tant pour les territoires ruraux que dans les villes. Par ailleurs, ces solutions ne seront bien souvent efficaces que si précisément elles appréhendent le lien urbain-périurbain-ruralité et ne sont pas silotées.

La problématique des territoires intelligents est en train de devenir mature. Je suis persuadé que c’est un défi collectif majeur de la prochaine décennie concernant l’aménagement de nos territoires. Elle pose de lourdes questions relatives notamment à la collecte et au partage des données, à l’interopérabilité des différents dispositifs, à la répartition des rôles entre acteurs publics et privés.


Je ne suis pas certain d’être le plus compétent pour conseiller une collectivité. Néanmoins permettez-moi de vous faire part de quelques retours d’expérience constatés à mon poste.

Tout d’abord, je crois qu’il est indispensable d’établir un diagnostic partagé entre les différents acteurs locaux, les différentes collectivités, notamment dans le cadre des schémas directeurs existants. Avoir un panoramique le plus complète possible des priorités et des difficultés est crucial afin d’élaborer des stratégies d’investissement qui répondent aux besoins. Il vaut mieux perdre un peu de temps à poser un diagnostic approfondi car les erreurs d’orientation initiale se paient souvent chères.


Ensuite, je crois que les expériences de mutualisation entre collectivités ont souvent montré leur efficacité en matière de numérique. Les problématiques sont généralement très techniques, complexes et on doit faire face à des gros acteurs privés. Cette mutualisation, notamment à partir de structures existantes par exemple pour le déploiement du THD, peut permettre d’investir sur une nécessaire montée en compétence technique et de mieux peser dans les discussions avec les industriels.


Enfin, je vous invite à un peu d’audace pour faire confiance dans nos startups. Je sais qu’il est parfois difficile d’oser se reposer sur une solution innovante portée par une petite startup. Mais nos startups sont particulièrement à la pointe en matière de solutions de territoires intelligents et il me semble important de pleinement les considérer, y compris en lien/complément avec des solutions proposées par de plus grands acteurs.



Ce magazine est un trimestriel destiné aux décideurs politiques locaux de France. Quel message souhaitez-vous leur faire

passer ?


Tout d’abord, je veux dire aux collectivités et aux élus locaux qu’ils ne doivent pas attendre de solutions miracles qui tomberaient d’en haut, notamment de la part de l’Etat. Dans le domaine du numérique, aucune décision ne peut réussir et aboutir si elles sont décidées et appliquées verticalement et sans concertation. Je suis convaincu que la réussite de nos défis en matière de numérique dépendra de notre capacité à travailler ensemble, Etat, collectivités territoriales et acteurs de de terrain de la société civile.


L’Etat peut impulser, soutenir, coordonner, fédérer, favoriser le partage de bonne pratique, mais sans les acteurs de terrain, nous ne ferons pas grand-chose en matière de numérique. Cela nous oblige collectivement à ne pas tout attendre de l’autre et à travailler ensemble.

Par ailleurs, je crois au « numérique de proximité ». Le numérique n’est en rien un dogme uniforme que nous devons imposer de manière identique, aveugle partout dans tous les territoires. Bien au contraire, le numérique peut être un extraordinaire exhausteur d’identités locales. Si les territoires s’approprient le numérique à leur manière, ils peuvent en faire un outil pour tisser des liens de proximité et l’adapter aux enjeux prégnants dans leur territoire et à leur identité locale. Nous pouvons créer un numérique à notre image, à l’image de nos territoires.


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