Le Mag des Territoires Numériques

1er Partenaire média des collectivités numériques de France 

E-mail: contact@lemagdesterritoiresnumériques.com

Tél: 02 46 91 08 57

Adresse : 331 rue d'Alsace, 45160 Olivet

La rédaction est joignable du

Lundi au Vendredi : 

De 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00

Recevez nos actus !
  • La rédaction Du MAG !

Grand Entretien : Renaud Muselier

Monsieur Le Président, vous êtes à la tête de la Région Sud depuis 2017, pouvez-vous nous décrire un premier bilan de votre action en faveur du numérique ?


Nous vivons actuellement, et depuis un certain nombre d’années maintenant, une révolution numérique qui impacte notre environnement dans son ensemble. Notre économie, notre façon de travailler, de communiquer, de consommer, de nous informer, de nous déplacer, mais aussi l’éducation de nos enfants, l’accès aux services, notre sécurité, tous ces aspects de notre quotidien sont impactés par la digitalisation. Les enjeux sont nombreux, cela va de l’accès aux réseaux et la maîtrise de la donnée et à la modernisation de l’action publique, du développement de l’économie et de l’emploi à la transition énergétique, de l'essentielle appropriation sociale et citoyenne du numérique à sa gouvernance institutionnelle. Ne pas relever le défi posé par cette transformation et passer à côté de cette révolution, c’est la garantie d’être, demain, déclassés.


Avec ma majorité régionale, nous avons décidé de relever ce défi en nous donnant l’ambition d’être la première smart région d’Europe. Notre stratégie Smart Région, qui vise à répondre à ces enjeux et à faire de Provence-Alpes-Côte d’Azur un territoire connecté et innovant, repose sur 5 piliers. Le premier est bien évidemment l’aménagement numérique : du Très Haut Débit pour tous, partout, en passant par la médiation numérique, indispensable pour combattre la fracture sociale et permettre à nos entreprises de rester compétitives. Pratiquement tous les chantiers de l’ambition initiale ont été engagés ou terminés. Avec des impacts tant en matière de développement économique que d’aménagement du territoire, d’éducation ou encore de transports. Cette stratégie est aujourd’hui ancrée sur le territoire et produit des services concrets au services des Provençaux, Alpins et Azuréens. J’en veux pour preuve nos tablettes : à la rentrée de septembre, ce sont 85% des lycéens de première et de seconde qui ont ainsi reçu de la Région une tablette qui permet la dématérialisation des manuels scolaires mais aussi l’accès à de nombreux outils et contenus indispensables à ce que doit être l’éducation au XXIème siècle.


Pouvez-vous nous faire un point de situation concernant le déploiement de la fibre optique sur la région ? Avez-vous des dates à annoncer ?


Nous avons la chance d’habiter une région extrêmement diverse, c’est d’ailleurs ce qui fait notre richesse : en quelques minutes vous passez de la Côte d’Azur, à la Provence et aux champs de lavande, de la Camargue aux stations de ski. C’est cette même géographie qui pose à certains territoires des problèmes d’accessibilité voire pour certains d’enclavement. Pour y remédier nous travaillons bien entendu sur les voies de communication classique en développant notamment l’offre de transport.



Mais, évidemment, au XXIème siècle, l’accessibilité et le désenclavement doivent également être numériques. Nous travaillons ainsi sur les télécommunications et l’accès pour tous au Très Haut Débit qui est facteur essentiel d’ouverture au monde et d’accessibilité à l’information, pour les entreprises comme pour les citoyens. Avec les Départements, nous accélérons ainsi le déploiement de la fibre optique sur tout le territoire en nous appuyant sur le savoir-faire et l’énergie des grands industriels. Nous avons ainsi inauguré des nœuds de raccordement cet été à Sisteron et à Gap et la couverture totale de ces territoires devrait être complète dès 2023. J’ajoute cela va coûter beaucoup moins cher aux finances que ce qui était initialement prévu. Plusieurs centaines de millions d’euros d’argent public économisés, notamment grâce à l’implication de SFR dans les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes et le nord des Bouches-du-Rhône. Pour résumer, nous allons plus vite et nous dépensons moins.


Quelles sont/seront les prochaines actions de votre mandat en lien avec le numérique ?


Dès le début de l’année prochaine, avec le dispositif Sud Labs, nous renouvellerons l’accompagnement de plusieurs milliers de TPE PME et de citoyens dans leurs usages du numérique. Pour poursuivre cet accompagnement, des chèques permettant aux entreprises d’accéder à des conseils d’experts seront opérationnels dès la rentrée. C’est un nouveau dispositif que nous lançons : mon coach digital !


Nous allons par ailleurs avoir les premiers prototypes de services innovants mobilisant l’intelligence artificielle au service de l’emploi et de la formation que nous développons avec Pôle Emploi, l’APEC et les missions locales. Nous y travaillons depuis deux ans dans le cadre du programme open emploi que nous avons initié avec notre laboratoire smart région.

La liste n’est pas exhaustive bien sûr. Et nous travaillons actuellement sur de nombreux sujets. Tout simplement car l’innovation et le numérique sont au cœur de l’ensemble de nos politiques publiques. Mais aussi au cœur de nos territoires. Il suffit de suivre notre délégation régionale au CES de Las Vegas ou à Vivatech pour s’en rendre compte !


La Région Sud est une région en pointe sur les sujets du numérique,

quelle est votre recette ?


Je n’ai pas de recette, j’ai une volonté. Celle de travailler avec tous les acteurs régionaux de cette transformation pour qu’elle bénéficie à chacun. C’est une question d’opportunité. Pas de recette mais une chance formidable : nous avons dans le Sud de très nombreuses entreprises qui inventent de nouveaux services, favorisent les usages. Ce dynamisme de nos 4 french tech, de nos start-up est le moteur de notre transformation. Nous avons par ailleurs de grandes universités, dont la première université francophone du monde, nous avons de grands centres de recherche. Ils nous inspirent, comme Sophia Antipolis, première technopole d’Europe, et récemment labellisée parmi les 4 hub d’intelligence artificielle de France porté par l’Université de la Côte d’Azur et un ensemble de partenaires de haut rang. C’est d’ailleurs une initiative que nous avons fortement soutenue avec Christian Estrosi.

Marseille, enfin, est au débouché de nombreux câbles sous-marins et fait de nous une des régions les plus connectées du monde. Nous avons un environnement très favorable, et la volonté d’en tirer le meilleur parti.

L’institution régionale elle-même n’est pas en reste. Nous avons déployé de nouveaux outils collaboratifs pour l’ensemble de l’administration régionale. Tous les managers de la région ont été formés à leur utilisation. Notre administration doit être exemplaire dans l’utilisation des outils numériques en interne comme dans son rapport aux usagers. Bâtir la première smart région commence par l’appliquer à soi-même et dans l’ensemble de nos politiques publiques


Comment allez-vous continuer d’accompagner les start-up qui font la fierté de la région ? Et comment encourager nos TPE-PME, artisans dans leur transition numérique ?


Nous les accompagnons en déployant un réseau de plus de 100 lieux de sensibilisation sur l’ensemble du territoire régional. Les Sud Labs auxquels chacun a accès, que vous viviez à Marseille ou dans le Queyras, à Vallouise ou à Toulon, à Arles ou à Nice. Les structures qui les portent bénéficient d’un financement de la Région pour accompagner les demandeurs d’emploi et les entreprises dans leurs pratiques du numérique. Nous sollicitons également les start-up pour répondre à des enjeux de notre plan climat, par exemple sur les déchets en Méditerrané. Dans le cadre de challenges d’innovation ouverte avec pour ambition de trouver les solutions aux défis environnementaux qui sont les nôtres nous faisons se rencontrer préservation de notre environnement et développement économique.


Par ailleurs, nous les finançons ou facilitons leurs recherches de financement, avec le Fonds d’Investissement pour les Entreprises de la Région, le FIER. Avec le FIER, nous accompagnons les entreprises, et donc les start-up, à toutes les étapes de leur existence. Mais nous les accompagnons aussi dans leur développement à l’international, notamment en conduisant des délégations régionales sur les grands salons internationaux, que ce soit le CES de Las Vegas, qui est la référence mondiale de l’innovation ou le salon Vivatech à Paris. C’est l’occasion pour elles de faire connaitre leurs produits, leurs services, leurs innovations, de rencontrer d’éventuels partenaires, des financeurs, bref, tout ce qui peut les aider à grandir en espérant que les start-up d’aujourd’hui soient les scale-up de demain et pourquoi pas, les licornes d’après-demain.



Ce magazine étant 100% consacré aux initiatives de la région Sud, quel message souhaiteriez-vous adresser aux habitants de votre région ?


Le développement du numérique, les bouleversements qu’il induit, les questions qu’il soulève peuvent parfois conduire certains à douter, voire à craindre la digitalisation de notre environnement. On craint souvent ce que l’on connait moins ou maîtrise mal. La bonne compréhension des enjeux du digital par chacun est donc fondamentale. C’est notamment l’ambition des Sud Labs, de favoriser l’appropriation citoyenne des transformations numérique que nous vivons. Au-delà de ça, je voudrais adresser aux Provençaux, Alpins et Azuréens un message d’optimisme. Tout comme la lutte contre le réchauffement climatique nous offre des opportunités économiques que nous devons saisir, la révolution numérique nous ouvre de grandes perspectives en termes de protection de l’environnement, d’amélioration du cadre de vie, de création de richesses et donc d’emplois. Oui la numérisation généralisée de nos activités soulève des questions, oui elle est susceptible de détruire des emplois, mais elle en créera beaucoup également, dont nous n’avons encore même pas idée. Il nous appartient d’apporter les bonnes réponses aux questions soulevées, d’investir dans les secteurs qui créeront des emplois et de mettre le développement du numérique au service du bien commun. C’est ce à quoi nous nous employons avec notre ambition de faire de Provence-Alpes-Côte d’Azur la première Smart région d’Europe.


Avec le développement des services publics, l’inclusion numérique devient un véritable enjeu. Quelles actions allez-vous mettre en place pour lutter contre la fracture numérique ?


Ce n’est pas quelles actions allez-vous mettre en place, mais quelles actions mettez-vous en place ! Sur la seule année 2018, plus de 20 000 personnes et TPE ont été accompagnées par la Région, que ce soit pour leur développement numérique, pour la recherche d’emploi, ou encore pour l’utilisation des civic tech, les technologies civiques. Les civic tech permettent plus de transparence, c’est ce que nous faisons notamment avec DATASUD, même si ce n’est pas la seule ambition de l’ouverture des données. Nous visons le déploiement de services innovants, le pilotage de politiques, la transparence de l’action publique… DATASUD est une initiative leader en France sur la question des données ouvertes. Aujourd’hui, DATASUD, ce sont plus de 100 organisations contributrices, des centaines de jeux de données numériques, plus de 10 000 utilisateurs du site … Les civic tech permettent également plus de participation citoyenne, qui est un impératif démocratique et une grande attente des citoyens. C’est également ce que nous faisons avec notre plateforme de concertation des habitants de la région Sudopolis. L’inclusion passe aussi par là. Nous avons également mobilisé l’expertise de FACEBOOK, dans le cadre d’un partenariat qui s’est révélé très constructif. Avec ce programme, nous favorisons l'accession du plus grand nombre aux compétences digitales et nous partageons les savoirs afin de susciter les vocations autour de l'intelligence artificielle qui offre des perspectives de développement fantastiques. Mais la Région ne peut pas tout toute seule. Ces développements, chacun doit pouvoir y prendre sa part à l’avenir. Les Départements, Pôle Emploi, les structures publiques qui dématérialisent leur offre et prennent ainsi le risque de laisser sur le bord de la route beaucoup de monde doivent faire le même effort pour ne pas créer de fracture numérique.


Enfin, que souhaiteriez-vous dire aux élu-e-s de toute la région, à propos du numérique ?


C’est une formidable opportunité qu’il faut saisir ! Il y a aujourd’hui trop peu de « smart territoires » dans notre région, alors même que le numérique peut favoriser la transition énergétique, l’exercice démocratique, l’emploi et que nous disposons d’un environnement socio-économique très favorable. La Région est à leur côtés pour innover ! Avec notre opération d’intérêt régional « smart tech » c’est ce à quoi nous nous employons en accompagnant les projets des territoires.

La Région fait beaucoup, mais, là encore, elle ne peut pas tout faire toute seule. J’adresserai finalement aux élus de la région le même message que j’adresse aux entrepreneurs. Si vous avez un projet sérieux et que vous avez l’ambition de transformer votre territoire, la Région sera à vos côtés.



La rédaction du Mag des Territoires Numériques

Crédits Photos : Claude Almodovar et Frank Pennant

Le Magazine dans son intégralité : https://fr.calameo.com/read/0060741576b048881a2ce